Mémoires de guerre : Tome 1, 1919 – Février 1941 — Winston Churchill

Winston Churchill, Prix Nobel de littérature en 1953… Jusqu’à présent, les Français n’ont vu le plus souvent dans cette récompense suprême qu’un hommage détourné au grand homme d’Etat. Quelles raisons aurions-nous eues de le placer parmi les plus grands écrivains de son temps ?

Churchill est certes l’auteur d’innombrables articles, de milliers de discours et de plus de 35 ouvrages, essentiellement historiques. Toutefois, le nombre importe peu : hormis Mes jeunes années, réédité par Tallandier en 2007, peu de textes traduits en français ont donné une idée juste des qualités littéraires de l’intéressé. Restait donc à nous en assurer par nous-mêmes, en lisant Churchill en anglais !

Ses Mémoires, intitulés The Second World War, auraient dû changer la donne. Le dernier des six volumes de cette somme parut en 1954, soit la même année que le premier tome des Mémoires de guerre du général de Gaulle. La comparaison ne tournait néanmoins pas à l’avantage du nobélisé : là où le “Connétable de France, selon la formule de l’ancien premier ministre britannique, va sélectionner chaque information et ciseler en secret chacune de ses phrases, se voulant l’unique responsable du sort de la France durant la guerre et, après la Libération, du récit qu’il en livre, Churchill a choisi de construire un véritable monument.

Ecarté du pouvoir dès 1945, le Vieux Lion a chargé ses principaux collaborateurs (son “consortium”) de rassembler toutes les archives disponibles puis de rédiger les grandes lignes d’un texte qu’il “churchillise” ensuite. Les différents chapitres en sont soumis aux autorités concernées (diplomates, généraux, politiques ou historiens) pour commentaire, révision et censure. Véritable fabrique, The Second World War est une oeuvre collective : l’entorse aux lois de la littérature n’est qu’apparente, car nulle part on ne mesure mieux ce que le style de Churchill apporte aux documents ainsi rassemblés, métamorphosés par le travail de condensation et de distillation du grand mémorialiste. En anglais toutefois…

La publication aux éditions Plon en 12 volumes, traduits l’année même de leur parution en Angleterre, entre 1948 et 1954, était loin, en effet, de lui rendre honneur. Rééditée dans les années 1960 au Cercle du bibliophile, cette traduction bâclée est, de plus, restée longtemps indisponible. Pour faire bon équilibre, rappelons que de Gaulle est, lui aussi, mal traduit de l’autre côté de la Manche…

 

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